Je reviens de trois semaines d’Inde, un voyage hors du commun pour un pays hors du commun. L’Inde ne se raconte pas, elle se vit ! Néanmoins j’aimerais ici partager quelques observations et anecdotes que j’ai fait dans ce pays.

La conduite

La conduite en Inde est un grand sujet en dehors de l’Inde, mais aussi dans le pays. Le nombre de voitures explose un peu partout et la circulation se densifie. A Kochi, dans le Kerala, il faut compter des heures de bouchons. Comme à Paris en fait. Comme à Paris ? Pas tout à fait ! L’expérience des routes en Inde est conforme à tout ce qu’on m’en avait décrit : des voitures / camions qui arrivent en face, des vaches et des chiens partout sur les routes, des humains aussi !, toutes sortes de véhicules… un vrai bordel ambiant. Ce que j’ai découvert en revanche c’est que ce n’est pas si effrayant que ça. Car dans ce bordel ambiant on comprend vite pourquoi ça fonctionne : la vitesse est peu élevée, les dépassements sans visibilité sont couverts par des klaxons et par l’assurance qu’il y a quand même de la place pour trois ou le temps de se rabattre, le klaxon est… abondant, la conduite est très assertive (« je passe quoiqu’il arrive, mais doucement que les autres puissent m’éviter »). Dur à décrire et même à montrer, il faut le vivre !

Les faux-amis expérientiels

J’ai découvert ce concept pour décrire une situation qui nous est connue au premier abord, mais qui au final ne se passe pas du tout comme prévu. L’Inde, comme beaucoup de pays, a des hôtels, des trains, des taxis, des boutiques, des sites touristiques, … tout ce qu’un touriste est en attente d’espérer. Néanmoins leur usage est parfois très différent de nos expériences passées auxquelles on se rattache inconsciemment. Par exemple : il y a des belles toilettes, mais pas de papier (il faut utiliser un jet d’eau) ; on prend un taxi pour aller à un endroit mais sur la route il fait un détour pour prendre un ami et le déposer ; le buffet du petit déjeuner qui n’est en fait pas vraiment un self-service ; la belle salle de bain mais sans eau chaude ; un service au restaurant qui ne correspond pas à la commande… Sur le moment, et tous les jours ainsi, c’est très frustrant d’autant qu’il est difficile de communiquer pour essayer de comprendre comment ça marche. L’anglais est très peu répandu, contrairement à ce que je croyais.

Sommes-nous en train de postuler pour une carte de séjour ? Non ! Nous réglons simplement notre petit-déjeuner.

La mise en réseau

Il nous est arrivé plusieurs fois de vouloir demander un renseignement simple, mais qui au final nécessite le déploiement de ce qui m’a semblé être un réseau humain surdimensionné par rapport à ma demande. Voici un exemple. A l’hôtel à Varkala, au Kerala, je demande à la réception comme ça en passant, si on peut trouver un Toddy Bar, un endroit où acheter du Toddy, du vin de palme indien dont on m’a parlé. La première personne à qui je m’adresse ne parle pas anglais et on ne se comprend pas, il appelle alors un autre qui sait d’avance qu’il ne va pas comprendre donc appelle un autre qui lui parle bien anglais. Il y a trois personnes pour m’aider (j’en demandais pas tant, je voulais juste savoir, au passage, s’il y avait un Toddy Bar…). Je répète ma demande. Il ne doit pas savoir car il appelle une quatrième personne qui se trouve être le manager. A partir de maintenant tout se passe entre eux, en malayalam, la langue parlée au Kerala. Ma requête est en cours de traitement. Le manager ne sait pas mais il appelle quelqu’un au téléphone pour savoir (en informatique, un call API). En même temps une personne random passe devant l’hôtel (je crois que c’est un commerçant voisin). Un des personnels lui demande, au cas où il en sache plus (multi-threading). J’en demandais pas tant, je voulais juste savoir, au passage, … Je comprends à ce stade qu’il existe un Toddy bar mais ils ne savent pas s’il est ouvert. J’ai envie d’abandonner ma requête et de partir (timeout), mais face à l’amplitude des moyens humains déployés j’abandonne l’idée. Le manager raccroche, dialogues en malayalam, il appelle une autre personne ! Peu après, après l’investissement de 5 personnes à ma cause en plus des interlocuteurs au téléphone, on me dit qu’il y en a un à 5km mais qu’il n’a pas de Toddy en ce moment. Je les remercie 🙂 Cette situation arrive souvent et témoigne en fait de plusieurs choses : en tant que client le personnel veut absolument m’aider du mieux qu’il peut, toujours, et m’apporter une réponse autre que « non » ou « je ne sais pas », qui semblent très impolis dans ce pays. Egalement, ils n’hésitent jamais à demander à d’autres personnes, qu’ils connaissent ou non, pour trouver ou affiner leur réponse dans leur propre langue. L’entraide est un maître-mot en Inde, ce qui parfois est salutaire. D’autres fois on se retient un peu de demander un renseignement de peur que le premier ministre en personne soit sollicité.

Varkala Cliff

Autres observations

Il y a peu de criminalité en Inde, et peu de vol. Bien qu’on soit toujours à proximité d’un grand nombre de personnes, on ne se sent jamais en insécurité. Il n’y a pas d’arnaque flagrante non plus. Même si les prix pour les touristes sont souvent plus élevés (un menu dédié par exemple), les coûts sont cohérents d’un lieu à l’autre. Jamais un commerçant nous a trompé sur le prix ou la prestation de service. L’hygiène est déplorable, et même si au premier abord les lieux et objets ont l’air propres, ce n’est pas souvent le cas. Par chance je ne suis pas tombé malade, mais la solution hydro-alcolique à portée de main est de rigueur. L’espace public est également très sale, conformément à mes attentes : des déchets jonchent les rues et les plages, qui s’ajoutent à la pollution (y compris dans la vallée du Kullu, ce qui contraste avec le paysage montagneux) et à la poussière des routes ou bas-côtés en terre. Les routes sont presque partout catastrophiques, à la limite du praticable. Les travaux de voirie sont nombreux, mais on imagine que tant les conditions climatiques que le taux de fréquentation ne facilite pas leur entretien. La nourriture est partout excellente. Si elle peut paraître monotone pour notre palais (du riz et du curry à tous les repas même parfois au petit-déjeuner), c’est sans compter l’apprentissage et la reconnaissance des différentes épices et variations des recettes. Aller à la fois au nord et au sud de l’Inde nous a fait découvrir plusieurs cuisines, toujours admirablement et amoureusement préparés pour nous. Enfin, si la vie semble au départ très compliquée en Inde, au bout de quelques jours / semaines, et non sans peine, on prend plaisir à adopter les codes, demander des infos aux indiens (au lieu de chercher sur Internet), s’accorder sur le prix à l’avance, poser les bonnes questions et savoir déchiffrer les réponses (notamment le « non » et le « je ne sais pas »). Des fois une personne me dit « oui oui, c’est par là » avec assurance, et je vois bien qu’elle n’en a aucune idée !

Dans les montagnes de l’Himashal Pradesh

Visiter l’Inde ?

J’ai adoré mon voyage en Inde mais je ne le recommanderai pas sans réserve. Il faut une bonne dose de curiosité et de courage pour s’y lancer, et de résilience pour y rester. Pour nous aider, nous avons rejoint de la famille puis des amis (d’amis) ce qui a simplifié notre accueil. Nous avons aussi consciemment évité New Delhi. Par ailleurs notre voyage n’était presque pas préparé ; donc je vous conseille de bien choisir à l’avance les villes et les lieux à visiter. La vie et l’organisation sur place est suffisamment compliquée pour ne pas y rajouter les choix et les doutes relatifs à l’itinéraire. Le faire en voyage organisé est une bonne option, tout ou partie. Sur notre virée à Munnar dans le Kerala nous avions un chauffeur / guide, et ça nous a apporté un confort bienvenu à la fois sur les trajets, les visites, les traductions, les choix de plats (il nous a fait découvrir la cuisine du Kerala). Nous ne sommes habituellement pas adepte du voyage organisé, mais en Inde plus qu’ailleurs il est légit.

Lieux visités : Himashal Pradesh (province), Manali, Kullu, Naggar, Chandigarh, Kerala (province), Kochi, environs de Munnar, Varkala, Alleppey (petite croisière en bateau).

 

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4 réflexions sur “Couleurs d’Inde

  1. Bravo Mickaël
    J’ai revécu à travers tes lignes mon séjour au Kerala avec ses diverses péripéties, agaçantes pour nous Occidentaux habitués à l’immédiateté mais en fin de séjour j’étais rodée et amusée.. Un 2ème séjour peut s’envisager

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  2. Merci pour ce retour d’expérience riche en couleurs Mickaël ! L’Inde est un pays qui me tente beaucoup aussi, mais pas en mode « nomade digital » cette fois car comme tu le dis ce n’est pas un voyage facile et il faut un bon temps d’adaptation !

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